Artur Barrio

Commissariat : Éric Mangion

Artur Barrio, né au Portugal en 1945 et vivant au Brésil, est une figure majeure de la scène artistique brésilienne. Héritier du courant néo-concret dont il s’éloignera, il rompt très tôt et radicalement avec une perception esthétisante, contemplative ou purement formelle de l’art.

Vue de l’exposition Artur Barrio
Photo : J-C. Lett

Il choisit de travailler avec des matériaux précaires, “méprisés” (déchets, rebuts…), organiques (sang, sel, café, vin, charbon…) pour leur pouvoir contestataire et subversif. Toute son œuvre est une attaque virulente du concept d’œuvre précisément, par le refus de la matérialité de l’objet au profit de l’acte artistique et son lien direct et immédiat avec la vie. Elle est aussi négation du système institutionnel de l’art et de son économie, de ses modes de présentation, de diffusion, de catégorisation…. Dès les années soixante-dix, dans un Brésil sous le joug de la dictature, l’artiste déploie des stratégies d’occupation des espaces (urbains principalement) en recourant à la fragmentation, la dispersion. Le “terrorisme poétique” qu’il met en œuvre prend la forme d’actions rigoureusement orchestrées, qu’il nomme “Situations” à cause de leur caractère indéterminé et imprévisible. Puis ce sont les expériences/expositions, les créations environnementales, les installations in situ. En constantes évolution et transformation, celles-ci construisent une poésie du chaos, peuplée de signes et de symboles, qui sature l’espace, capture le visiteur et l’immerge dans une perception sensorielle extrême. Seule mémoire de cet “art du momentané”, les Registros, (enregistrements) accumulés au fil des années (quand ils n’ont pas été perdus), documentent le travail : CahiersLivres, LivresRegistres (comportant selon les dires de l’artiste “textes / projets / documents / travaux / réflexions / essais / notes / digressions / histoires / idées / fragments d’idées / dessins / collages…”), diapositives, films, photos… tous échappant, par leur fonction strictement informative, aux mailles du marché de l’art. Les premières "Situations" avaient provoqué un véritable choc esthétique et culturel dans le public comme dans le milieu de l’art, quand les rues de Rio de Janeiro furent jonchées de ballots ensanglantés (Trouxas Ensangüentadas) contenant de la viande, des excréments, des déchets, déposés au milieu des passants. Il en sera de même lorsque furent jetés simultanément en différents points de la ville une multitude de sacs plastique (objets déflagrateurs) contenant détritus et restes de toutes sortes, destinés à créer entre eux un réseau d’énergies physiques et psychiques. La contestation politique est manifeste, par la référence morbide aux morts violentes causées par le régime. Le postulat d’une esthétique arrimée à l’éthique s’impose comme fondement d’un programme artistique, libre de tout système, techniques ou subordination quelconque, comme la figure du curateur par exemple, récusée en tant que “nécessité non nécessaire”.

Aujourd’hui, les données et les enjeux ont changé, et si l’artiste investit les lieux institutionnels — musées, centres d’art, biennales, expositions internationales de type documenta…—, c’est toujours dans une logique de combat et d’expérimentation, désormais individuelle et non plus collective : “J’ai délaissé le collectif pour me transformer en un individu”.

Pensée comme une mini-rétrospective, l’exposition du Frac proposera, dans une même dynamique de mise en espace, installations in situ et documentation. Elle s’expérimentera comme un “lieu de germination des idées”, tel l’atelier, opérant une collision temporelle passé/présent. Elle témoignera aussi de la place centrale qu’a toujours occupé l’écrit dès 1966 comme support théorique des actions et de la relation intime qu’entretiennent l’idée, les mots et les Situations qui s’y rapportent.

Fabienne Clérin

— 
Artur Barrio est représenté par la galerie Antonio Millan, São Paulo.

Le Frac remercie Manuela Barbosa, Jean Cardilès, Olivier Garcin, Paulo Pimenta, Laurent De Pury, Fabio Settimi qui ont prêté généreusement leurs œuvres pour les besoins de l’exposition.

— 
Année du Brésil en France (mars-décembre 2005) est organisée

— Au Brésil par
par le Commissariat brésilien,
le Ministère de la Culture
et le Ministère des Relations Extérieures

— En France
par le Commissariat français,
le Ministère de la culture et de la communication
et l’Association française d’action artistique