Cinéma et histoire des possibles

Colloque proposé par le Collège international de philosophie et les Beaux-Arts de Marseille. Sous la responsabilité de Vanessa Brito et Vincent Jacques (directeurs de programme au CIPh, enseignants aux Beaux-Arts de Marseille et à l’ENSA Versailles). Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Une mise en regard d’écritures politiques de l’histoire et de formes expérimentales d’écriture filmique.

Sans-titre, série photographique Curtains, 2020.
© Lucian Moriyama

La période que nous venons de vivre semble avoir créé une plus grande ouverture des possibles. En ralentissant la frénésie de nos rythmes de vie, elle a ouvert un espacement du temps propice à ébranler nos certitudes et les évidences du présent. L’histoire, l’art et le cinéma peuvent nous offrir une réflexion sur le temps et ses potentialités. « Ouvrir le passé » pour mieux penser l’avenir, chercher à faire droit aux futurs non-advenus et à leurs potentialités inabouties, c’est à quoi s’attèlent certains historiens contemporains. De même, nombre de cinéastes, théoriciens du cinéma et artistes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. Chercher à « ouvrir l’image », à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des scripts de films non-réalisés sont en effet des gestes récurrents dans l’art contemporain qui tentent de récupérer toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge.

Ce colloque voudrait mettre en regard les enjeux de cette écriture politique de l’histoire et les préoccupations qui traversent des formes expérimentales d’écriture cinématographique. Comment les pratiques filmiques actuelles cherchent-elles à faire droit au non-advenu, à l’inachevé, à l’inaccompli ? Peut-on parler d’un « cinéma des possibles » qui deviendrait, tout comme l’histoire, un art des discontinuités ? Quels effets cela produit-il sur l’écriture et le dispositif cinématographiques ? L’un des enjeux du colloque est de saisir comment cette exploration des potentialités narratives provoque un débordement du cinéma (cinéma élargi, « film performatif ») hors de la salle de projection, qui n’est pas sans rappeler la manière dont l’histoire se voit glisser hors du domaine des faits par les raisonnements contre-factuels qui redistribuent les possibles. Ces différentes tentatives d’aborder ce qui n’est pas fini dans l’histoire nous inciteront à explorer les bords du cinéma et les frontières de la discipline historique.
Vanessa Brito

Intervenants

avec Érik Bullot (cinéaste et théoricien de l’art), Adrien Genoudet (écrivain, cinéaste et chercheur en histoire visuelle), Alexander Kluge (cinéaste et écrivain), Hervé Mazurel (historien), Florence Pezon (cinéaste), Bamchade Pourvali (essayiste et critique de cinéma), Michèle Riot-Sarcey (historienne), Jean-Pierre Rehm (critique de cinéma et délégué général du FIDMarseille), Federico Rossin (programmateur et historien du cinéma), Peter Szendy (philosophe et musicologue) et Bénédicte Vilgrain (éditrice et traductrice).

Vendredi 16 et samedi 17 octobre 2020, de 10h à 20h30