Des marches, démarches

Commissaire : Guillaume Monsaingeon

Partenaires : L’exposition est le prolongement de Des marches, démarches, manifestation culturelle à l’échelle du territoire de la région développée depuis le printemps 2018 et coordonnée par le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur. A partir de la proposition artistique de Guillaume Monsaingeon, cette manifestation a réuni, autour d’une dynamique commune, de nombreux acteurs culturels, associatifs ou éducatifs installés sur le territoire régional et notamment dans les zones rurales éloignées de l’offre culturelle.

La marche est devenue au XXe siècle une forme artistique à part entière, qui touche à des techniques et expressions variées : performance, land art, dessin, sculpture, peinture, installation, vidéo - sans oublier cinéma et littérature.

Franck Scurti, Street Credibility
1998 © ADAGP - Crédit photo Klaus Stöber

Artistes : Allora & Calzadilla, Stefan Altenburger, Francis Alÿs, Fikret Atay, Berger & Berger, Louis-Auguste et Auguste-Rosalie Bisson, Olivier Boussant, Marie Bovo, Stanley Brouwn, Pol Bury, André Cadere, Dominique Castell, Jordi Colomer, Abraham Cruzvillegas, Alexandra David-Neel, Fernand Deligny, Monique Deregibus, herman de vries, Bruno Di Rosa, Patrick Faigenbaum, Christoph Fink, Hamish Fulton, gethan&myles, Jochen Gerner, Rodney Graham, Lauren Greenfield, William Kentridge, Anaïs Lelièvre, Richard Long, Laurent Malone et Dennis Adams, Étienne-Jules Marey, Randa Maroufi, Geoffroy Mathieu & Bertrand Stofleth, Duane Michals, Gianni Motti, Jean-Pierre Moulères, Eadweard Muybridge, Jean-Christophe Norman, Paulien Oltheten, Roman Ondák, Gabriel Orozco, Nigel Peake, Bernard Plossu, Abraham Poincheval, Mathias Poisson, Noémie Privat, Barbara Probst, Claire Renier, Till Roeskens, Jean-Jacques Rullier, Safi, Franck Scurti, Stalker, Hendrik Sturm, Guy Tillim, Guido Van der Werve, Sarah Venturi, Elinor Whidden, Ariane Wilson, Jeremy Wood, et les artistes anonymes des collections du Mucem, du bas-relief de la Gradiva, de la signalétique routière suisse.

La marche est plus qu’une mode. Pratique sociale et caractéristique anthropologique, la marche individuelle se transforme en des pratiques voisines qui s’en éloignent parfois très largement : marche collective (y compris subie ou involontaire), formes de protestation, itinérance avec d’autres modes non motorisés (course, vélo, âne…), activité de loisir ou nécessité professionnelle, activité ponctuelle ou exploration au long cours, combinaison avec d’autres modes de transport, marche urbaine ou au grand air… L’exposition Des marches, démarches aborde la marche en un sens large, considérée non comme une pratique sportive mais comme une démarche artistique.

Déplacements autonomes d’un ou plusieurs corps humains au sein d’un espace-temps limité, ces mouvements ne se réduisent jamais à un trajet utilitaire ; ils sont vécus sur le mode de l’expérience. Les Lignes d’erre de Fernand Deligny jouent un rôle fondateur dans une exposition sur la marche comme Des marches, démarches. Fernand Deligny n’est pas marcheur. Il n’a jamais ni incité les enfants dont il avait la responsabilité, ni leurs éducateurs, à marcher. Il a simplement suggéré en 1969 à l’un d’eux, Jacques Lin, de transcrire dans l’espace de la feuille l’expérience spatiale des enfants autistes plutôt que de chercher des termes qui désigneraient des symptômes. Peu à peu ces lignes d’erre se sont diffusées. Elles ont inspiré l’idée de rhizome à Gilles Deleuze et Félix Guattari. Elles ont été vues, déchiffrées, interrogées.

Relevant de pratiques artistiques, ces déplacements s’accompagnent d’une restitution qui permet à un public de partager cette émotion, de percevoir après coup, sur place ou à distance, les traces d’une exploration. Les démarches considérées s’expriment toutes à la première personne, à travers la qualité d’un regard et de sa restitution plastique.

L’exposition présente un état non exhaustif des pratiques actuellement développées en rassemblant des artistes concernés par les pratiques de Walkscape et de déplacement artistique ; des artistes qui inventent, expriment, pratiquent, conscients des enjeux sociopolitiques de leurs démarches, intéressés par des approches venues des sciences humaines, nourris des travaux fondateurs de Robert Smithson, Richard Long, Francis Alÿs, ou encore du collectif Stalker qui pratique la marche urbaine à travers l’Europe depuis les années 90.

C’est une marche de 70 km et de quatre jours en octobre 1995 qui a conduit Stalker à réaliser une carte, le Planisfero Roma, aujourd’hui dans les collections du Frac. Héritiers de la dérive situationniste, porteurs d’une psychogéographie joyeuse, contestataire et créative, ces marcheurs ne cherchent pas à traverser la ville mais à en révéler la topographie inconsciente et néanmoins active. Les Archives à nu de Stalker sont présentées au 3e plateau du Frac comme des principes actifs. Les visiteurs sont invités à manipuler ces boites et ces documents, à les explorer, de la même façon que les marcheurs ont traversé la ville. Des marches, démarches réunit plus de 80 œuvres provenant de la collection du Frac ou d’autres collections publiques et privées ou prêtées par les artistes. Parmi les prêteurs le MuCEM, le Cnap/Centre national des arts plastiques, la Maison de Balzac, la Fondation Henri Cartier-Bresson, le Musée de l’Image à Épinal, la Cinémathèque française, ainsi que les Frac Bretagne, Lorraine, Alsace, Grand-Large – Hauts-de-France, Limousin, Picardie Hauts-de-France... Ces œuvres présentées au Frac sont complétées par des parcours, balades et marches, et conversations marchées, y compris à l’intérieur de l’exposition, espace dans lequel les visiteurs sont avant tout marcheurs.

Guillaume Monsaingeon