Le bruit des choses qui tombent

Commissaire de l’exposition : Albertine de Galbert, avec Elena Lespes Muñoz.

Les rendez-vous autour de l’exposition :

Samedi 6 janvier à 16h : visite de l’exposition en compagnie d’Albertine de Galbert, commissaire de l’exposition.

Samedi 13 janvier à 16h : la Bibliothèque éphémère de l’exposition, en présence d’Albertine de Galbert et de Pascal Jourdana. (En partenariat avec la Marelle)

Samedi 27 janvier à 17h30 : table ronde en présence de Roland Gori, psychanalyste, Daniel Pécaut, sociologue, et les artistes Berdaguer et Péjus. En savoir plus

« Un cri entrecoupé, […] puis j’entends un bruit que je n’ai jamais su identifier : il n’est pas humain, il est plus qu’humain. C’est le bruit des vies qui s’éteignent, mais aussi d’objets qui se brisent. Le bruit des choses qui tombent, un bruit ininterrompu et par là-même éternel, un bruit sans fin qui continue de retentir dans ma tête depuis ce soir-là et ne semble plus vouloir en partir. » Juan Gabriel Vásquez

« Mieux vaut avoir ses cauchemars sur ses murs que dans sa tête » Papa

Dans le cadre de l’Année France-Colombie célébrée en France en 2017, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur propose une exposition qui met en regard le travail de quinze artistes colombiens avec une sélection d’œuvres de la collection du Frac, dans un parcours construit autour d’une émotion : la peur.
Affect fondamental, intemporel, dont l’être humain ne peut faire l’économie, la peur a ce pouvoir d’aveuglement qui, comme l’écrivait Stephen King, peut nous projeter dans le « noir absolu », et nous laisser « aussi désemparés que des enfants incapables de trouver l’interrupteur ».
Comme manifestation élémentaire de notre relation au monde, la peur participe de sa construction et de la nôtre en tant qu’individus. Rituelle, ou initiatique comme chez l’enfant, elle est un élément moteur de connaissance et d’expérience. La peur figure ainsi un franchissement, ce par quoi il nous faudra passer pour qu’advienne une résolution et qu’enfin s’en dissipe le sentiment.
De la peur naissent ainsi notre instinct de survie et notre capacité à agir. De quoi avons-nous peur ? Quels sont les objets et les effets de la peur ? Comment la représenter ? Mais aussi comment en use-t-on ? Qu’est-ce que la peur dit de nous, de notre relation à l’autre et au réel ? L’obscurité, l’informe, le vide, l’effondrement, le morcellement, l’asphyxie, l’effraction, la séparation… sont autant de peurs primaires, violemment réactivées dans un monde souffrant de son incapacité à se donner une forme, un monde liquide, pour reprendre la métaphore du sociologue Zygmunt Bauman, où les liens humains sont fragilisés. C’est sur cette fragilité que s’appuient ceux qui font de cette émotion un puissant outil de manipulation, une technique, et qui en utilisent les mécanismes pour imposer leur autorité, dans la sphère familiale, sociale ou politique. Face à une peur devenue d’intérêt public qui ordonne un état social fondé sur la modulation affective de la vie quotidienne, ce qu’évoquent Patrick Boucheron et Corey Robin dans un entretien récent, il semble nécessaire d’en rappeler l’importance et le caractère fondateur dans la construction de notre émancipation en tant qu’individus. Comment « surprendre la catastrophe » ? Non pas cesser d’avoir peur donc, mais au contraire, comment transformer une paralysie inféconde en un élément réflexif, moteur d’action, de rencontres et de connaissance ?

L’exposition présentée au Frac s’articule autour de ces notions : les objets de la peur, les mécanismes de son instrumentalisation, les moyens pour la conjurer. Peintures, sculptures, installations (dont certaines réalisées in situ pour l’exposition), photographies et vidéos se côtoieront sur deux niveaux et dans l’auditorium du musée. Comme une provocation à l’irreprésentabilité de l’angoisse, à l’absence de forme à laquelle est toujours associée la peur, l’art ouvre un espace de représentation, d’interprétation et de récit.

Artistes — Absalon | Ever Astudillo | Alberto Baraya | Jean Bellissen | Christophe Berdaguer et Marie Péjus | Bruno Botella | Pedro Cabrita Reis | Santiago Cárdenas | Arnaud Claass | Tony Cragg | Francis Gomila | Beatriz González | Rodney Graham | Laurent Grasso | Leonardo David Herrera | Fabrice Hyber | Paulo Licona | Norman Mejía | Ana María Millán | Oscar Muñoz | Alex Rodríguez | Miguel Ángel Rojas | María Isabel Rueda | Doris Salcedo | Edwin Sánchez | Jean-Luc Verna | Martin Walde

Dans le cadre de l’Année croisée France-Colombie 2017

BRESCIA INVEST est Grand Mécène du Frac
Journal Ventilo et le domaine de Fontenille sont partenaires du Frac pour cette exposition
Avec le soutien de CS Maintenance et SMM Société Méridionale de Matériels

Le bruit des choses qui tombent est accompagnée d’une publication numérique* pensée comme un véritable espace de prolongation et d’approfondissement des réflexions esquissées au cours de celle-ci. Hybride, elle réunit des écrits, des travaux et des entretiens de différents penseurs parmi lesquels Andrés Caicedo, écrivain ; Ericka Florez, artiste et commissaire d’exposition ; Roland Gori, psychanalyste et professeur de psychologie ; Jésus Martín-Barbero, sociologue ; Ana Maria Millán, artiste ; Maria Isabel Rueda, artiste ; Damián Pachón Soto, philosophe et Nadège Sapède, psychanalyste. Publiée successivement sous la forme de quatre volets qui viendront ainsi rythmer le temps de l’exposition, elle sera disponible gratuitement sur le site du Frac très pochainement.

Coordination éditoriale : Elena Lespes Muñoz
*La publication numérique est réalisée grâce au généreux soutien de Silvia Martínez de Narváez, journaliste et éditrice colombienne.

Titre tiré du roman de Juan Gabriel Vásquez.
« La mémoire traumatique », conférence tenue à l’Université de Nantes en 2012.

  • Bruno BOTELLA, La région inférieure, 2015
    Bois, mousse polyuréthane, graisse synthétique, plâtre
    30 x 190 x 120 cm
    Achat à la Galerie Samy Abraham en 2016
    Inv. 2016.887
    © Bruno Botella