Semaine de la Pop’Philosophie 2018

Concept indifférence

Prix Sciences Po pour l’art contemporain plateau multimédia Entrée libre

Rencontre avec Ève Chabanon sur la performance Antisocial Social Club, en conversation avec Julia Marchand, curatrice adjointe de la Fondation Vincent van Gogh Arles.

« Le Prix Sciences Po pour l’art contemporain a eu pour thème cette année « l’indifférence ». Il semblait alors évident pour Jacques Serrano et la Semaine de la Pop Philosophie d’inviter la gagnante du prix, Eve Chabanon et un membre du Jury.

Le 15 juin 2017 des habitants de l’agglomération de Barking & Dagenham, en banlieue de Londres occupent la chambre du conseil municipal le temps d’un débat public couvrant une soirée. Le groupe est représentatif des communautés locales, il comprend notamment des membres du Women’s Institute, des étudiants de la formation pour adultes Eastbury Community School, un conseiller municipal, des artistes londoniens, une bande d’adolescentes, une personnalité littéraire locale, des retraités, etc

Il s’agit d’une performance orchestrée par l’artiste Eve Chabanon. Les riverains y sont invités à se réapproprier l’espace public, médiatique et décisionnel de la ville, à l’occasion d’un débat dont la mise-en-scène suggère également la possibilité de puiser dans la fiction, pour soulever d’autres modes de participation vers de nouvelles formes démocratiques.

La performeuse Chloé Cooper interprète le rôle de modératrice et introduit les problématiques de la soirée : « dépossession » et « coalition ». Le texte comporte des monologues proposants différents concepts théoriques remis ensuite en jeu lors de questions adressées au public, tournées de manière à interpeller les affects et créer des oppositions. La trame narrative ne dissimule aucune ficelle. On y lit la dangerosité des méthodes d’écriture des discours et de certains systèmes de manipulation de groupe qui y résident.

Installés à la place des conseillers municipaux, utilisant les mêmes micros pour faire porter leurs voix, les spectateurs participent alors activement à une aventure collective. Petit à petit les lieux sont ainsi transformés en une hétérotopie abritant les idéaux de cette communauté temporaire, constituée dans l’urgence, face à une menace fictionnelle amenée par le scénario à mi-parcours.

Le choix est donné, rester ou partir, fermer les portes, tirer les rideaux, rejoindre la coalition et s’approprier la fin de l’histoire dans un clair-obscur à la mesure de « La Chambre des dépossédés ». » Cédric Fauq